Nouvelle niche au Luxembourg

Sauf que cette fois-ci ce n’est pas d’une niche fiscale dont il s’agit, mais bien d’une niche de chauve-souris. Comprenons l’effarement de ces quelques Steinfortois pris au dépourvu face à ce phénomène totalement inhabituel. Ainsi, une demi-douzaine de propriétaires ont décidé d’entamer une procédure devant le Tribunal administratif à l’encontre du ministre du Développement durable et des Infrastructures. Précisons que cela fait suite à l’annonce du projet de construction d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile sur cette zone. Leur principal argument ? La protection des chauves-souris. S’agirait-il d’un soudain éveil de conscience écologique du côté de la rue de Kleinbettingen ? Cela serait à la fois si beau et totalement inespéré.
 
Evidemment, la réalité est toute autre. Maintenant qu’ils ont réussi à faire suspendre le projet, revenons sur les débuts de cette asbl : à l’automne 2015 un groupe de riverains créent l’a.s.b.l.  “Keen Containerduerf am Duerf” dont l’objectif principal est de refuser toute nouvelle infrastructure sur les sites avoisinant les propriétés de ses membres. A ce moment il n’est pas encore question de « Flantermais » mais plutôt de nuisances « visuelles et sonores » que causeraient un tel projet. Noir sur blanc ils revendiquent la sauvegarde de la valeur immobilière de leurs biens tout en se cachant derrière des inquiétudes instrumentalisées. En effet, les propos tenus par cette association, toujours sagement introduits par la phrase classique “Nous ne sommes pas contre les réfugiés, mais…” sont non seulement d’une malhonnêteté cinglante mais aussi ouvertement islamophobes. Dans une lettre ouverte adressée au Bourgmestre Jean­-Marie Wirth le 19 octobre, l’excès d’amour propre et l’imaginaire douteux des membres de cette association, Maître Lemmer en chef de file, se dégagent clairement: 
 
Ainsi ils sont persuadés que des bruits « forts et intenses de nuit » tels « chants, débats, prières» risqueraient de nuire à l’environnement et à la santé des habitants proches du camp. Sans s’attarder sur ces irrationalités, notons qu’il existe déjà une énorme entreprise de construction qui pollue cette zone et qui par ailleurs appartient à Fernand Hilbert, membre fondateur de “Keen Containerduerf am Duerf”. Ils affirment que les réfugiés « ayant des sensibilités religieuses et culturelles différentes, étant parfois à l’origine de leurs conflits » vont importer des tensions sur le sol luxembourgeois. Omettre la responsabilité des gouvernements européens dans les conflits chaotiques qui mettent en éclat Moyen-Orient est une chose. Qualifier sur base d’appartenance ethnique tout un ensemble de personnes de belliqueuses et agressives en est une autre. Par-dessus ils en arrivent à leur coller l’étiquette de « fugitifs », terme péjoratif désignant une personne en évasion. De plus, ils laissent sous-entendre que la criminalité est une chose héréditaire chez les réfugiés « étrangers à notre culture et à nos mœurs » et qu’ils « risquent de semer discorde et désordre (…) dans notre charmante petite localité ». D’après eux les réfugiés ne sont, par définition, pas capables de s’intégrer correctement. 
 
Mais leurs préjugés ne s’arrêtent pas là. Ils osent les traiter de possibles « malfaiteurs, agitateurs ou terroristes ». Par la suite, ils se mettent à viser tout particulièrement l’Islam en considérant que « l’expression religieuse » des musulmans pose problème. Dans cette même logique de racisme latent, ils enchaînent avec une phrase terrifiante : « Vous ne pourrez pas empêcher les néo arrivants musulmans d’exercer leurs rites. ». Selon les membres de cette charmante petite association il faut donc trouver un moyen d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion qui nous menacerait… 
 
Ce ne sont là que quelques exemples tirés d’une lettre de 11 pages dans laquelle ne figure aucune proposition concrète de méthodes d’intégration. Par ailleurs, ils veulent bien du camp si celui-ci est plus éloigné du village ou au moins entouré de murs protecteurs et surveillé par une force accrue de policiers. Ceci laisse à méditer quant aux bonnes intentions qu’ils brandissent. 
 
Leur acharnement à vouloir à tout prix retarder voire annuler la construction du centre pour réfugiés n’a pour unique conséquence qu’une politique d’accueil encore plus stricte et irresponsable de la part de notre gouvernement. Qu’ils investissent leur belle énergie dans de vraies alternatives au lieu de faire un procès aux néo arrivants pas encore arrivés. L’obsession de leurs propres richesses est tout simplement honteuse dans un contexte où des milliers d’êtres humains meurent chaque jour à nos frontières ou chez eux sous les bombes.
                                        
Il ne s’agit pas de défendre à tout prix un projet qui de toute évidence était une “solution” facile à l’accueil des réfugiés. En effet, depuis toujours le gouvernement doit faire face au refus des différentes communes du pays d’accueillir des réfugiés dans des structures existantes. Pourtant cela permettrait justement d’éviter une surcharge de responsabilités pour une poignée de communes choisies sans véritable concertation. Il est temps que le gouvernement agisse de manière conséquente. S’il faut réduire la taille des nouvelles structures d’accueil, il est impératif d’utiliser en parallèle les bâtiments à disposition de l’Etat. Il n’est pas envisageable de laisser des centaines d’êtres humains périr à nos frontières à cause de chauve-souris.
 
 

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